Aide sociale à l'hébergement et obligés alimentaires : qui paie ?
ASH et obligés alimentaires : comment fonctionne l'aide sociale à l'hébergement, qui paie, comment se calcule la participation des enfants et la récupération sur succession.

Quand la retraite ne suffit pas à payer la maison de retraite, l'aide sociale à l'hébergement (ASH) peut prendre en charge une partie du coût, mais à deux conditions essentielles : l'établissement doit être habilité à l'aide sociale, et le département fait d'abord appel aux obligés alimentaires (les enfants, principalement) avant de compléter. Autrement dit : le résident paie ce qu'il peut (environ 90 % de ses revenus), les enfants peuvent être sollicités selon leurs moyens, et le conseil départemental verse le reste — une somme qui pourra être récupérée sur la succession au décès. Ce mécanisme est méconnu et source d'angoisse pour les familles ; cet article vous explique concrètement qui paie, combien, et comment vous faire accompagner.
Qu'est-ce que l'aide sociale à l'hébergement (ASH) ?
L'ASH est une aide versée par le conseil départemental pour couvrir tout ou partie des frais d'hébergement d'une personne âgée qui ne peut pas les assumer. Elle concerne l'hébergement en EHPAD, en USLD, en résidence autonomie ou en accueil familial, à condition que la structure soit habilitée à l'aide sociale.
Attention : l'ASH ne couvre que la partie hébergement (le "gîte et couvert"). Le tarif dépendance reste financé par l'APA, et le tarif soins par l'Assurance maladie. Pour comprendre la décomposition du prix d'un établissement, consultez notre page sur le reste à charge en EHPAD et sur le tarif dépendance.
Pour en bénéficier, il faut remplir plusieurs conditions, selon le service public :
- être âgé d'au moins 65 ans (ou 60 ans en cas d'inaptitude au travail) ;
- résider en France de façon stable et régulière ;
- avoir des ressources insuffisantes pour payer les frais d'hébergement ;
- être hébergé dans un établissement habilité.
L'ASH fonctionne comme une avance : le département paie, mais pourra récupérer tout ou partie des sommes plus tard. C'est une différence majeure avec l'APA, qui n'est jamais récupérable.
Comment est calculée la participation du résident ?
Premier principe : la personne âgée doit consacrer l'essentiel de ses revenus au paiement de son hébergement. La règle générale veut qu'elle reverse environ 90 % de ses ressources à l'établissement, tout en conservant un minimum laissé à sa disposition — souvent appelé "argent de poche".
Ce minimum ne peut pas être inférieur à 1 % du montant annuel de l'ASH, soit de l'ordre de 120 € par mois (montant indicatif, à vérifier chaque année). Cette somme sert aux dépenses personnelles : vêtements, coiffeur, mutuelle, menus plaisirs.
Les ressources prises en compte sont larges : retraites, pensions de réversion, revenus fonciers, revenus de placements, etc. Certaines prestations (comme la retraite du combattant ou certaines rentes) peuvent être exclues selon les cas.
Exemple chiffré
Prenons une personne avec une retraite de 1 300 €/mois hébergée dans un EHPAD public habilité dont le tarif hébergement est de 2 000 €/mois :
- Elle reverse 90 % de 1 300 € = 1 170 € à l'établissement.
- Elle conserve environ 130 € d'argent de poche.
- Il manque donc 830 € par mois (2 000 − 1 170).
- Ce solde est couvert par la participation éventuelle des obligés alimentaires, puis par l'ASH du département.
Pour estimer votre situation selon les revenus et le GIR, utilisez notre outil de calcul du reste à charge en EHPAD.
Les obligés alimentaires : qui doit participer ?
Avant de verser l'ASH, le département vérifie si la famille peut aider. C'est le principe de l'obligation alimentaire, inscrit à l'article 205 du Code civil : les enfants doivent aliments à leurs parents dans le besoin, et réciproquement.
Sont concernés en pratique :
- les enfants du résident ;
- les gendres et belles-filles (par alliance, tant que le mariage dure et qu'il y a des enfants vivants du couple) ;
- parfois les petits-enfants, appréciés au cas par cas selon les départements.
À noter : les frères et sœurs ne sont pas obligés alimentaires entre eux dans ce cadre. Pour aller plus loin sur les règles et les cas particuliers, voyez notre page dédiée à l'obligation alimentaire en EHPAD.
Chaque obligé alimentaire reçoit un courrier du département lui demandant de déclarer ses ressources. Le conseil départemental calcule ensuite une participation en fonction des revenus, des charges (loyer, crédits, enfants à charge) et de la composition du foyer. Il n'existe pas de barème national unique : chaque département applique son propre règlement d'aide sociale. Deux familles identiques peuvent donc être traitées différemment d'un département à l'autre.
En cas de désaccord, la fixation de la participation peut être portée devant le juge aux affaires familiales, qui peut aussi accorder une décharge totale ou partielle en cas de rupture de lien familial ou de manquement grave du parent envers l'enfant.
La récupération sur succession : ce qu'il faut anticiper
C'est le point le plus souvent mal compris. L'ASH est une aide récupérable. Cela signifie qu'au décès du bénéficiaire, le conseil départemental peut reprendre les sommes versées sur l'actif net de la succession.
Concrètement, si le défunt laisse un patrimoine (maison, épargne, placements), le département peut demander le remboursement de ce qu'il a avancé, dans la limite de l'actif successoral. La récupération peut aussi s'exercer, dans certains cas et selon les départements, en cas de retour à meilleure fortune (héritage, gain) ou sur des donations antérieures.
Cette particularité explique pourquoi certaines familles hésitent à déposer une demande d'ASH. Pour comprendre précisément les règles applicables et les limites de la récupération, consultez notre page sur la récupération de l'aide sociale sur succession.
Quelques repères :
- L'APA n'est jamais récupérable sur succession.
- L'ASH l'est, mais seulement dans la limite de l'actif net (pas sur les héritiers au-delà de ce qu'ils reçoivent).
- Les règles de seuil et de calcul varient : renseignez-vous auprès de votre département et, idéalement, d'un notaire.
La cascade de financement : que faire si la retraite ne suffit pas ?
Lorsque les revenus ne couvrent pas le coût de l'établissement, les aides s'activent dans un ordre logique. Comprendre cette cascade aide à ne rien oublier et à estimer le reste réel à la charge de la famille.
- Les ressources de la personne : retraites, pensions, revenus du patrimoine. On mobilise d'abord ce que la personne possède.
- L'APA en établissement : elle réduit le tarif dépendance selon le GIR. Vérifiez le niveau de dépendance avec notre calculateur GIR.
- Les aides au logement (APL ou ALS) : versées par la CAF ou la MSA selon l'établissement, elles allègent la part hébergement.
- L'ASH : dans un établissement habilité, elle complète ce qui reste, après appel aux obligés alimentaires.
- L'obligation alimentaire des proches : participation des enfants calculée par le département.
- La récupération sur succession : au décès, reprise des sommes versées.
Si vous êtes confronté à cette situation, notre guide que faire si on ne peut pas payer l'EHPAD détaille les démarches concrètes et les erreurs à éviter. Un travailleur social du CCAS de la mairie peut aussi monter le dossier avec vous — c'est gratuit et vivement recommandé.
Tableau récapitulatif : qui paie quoi ?
| Source de financement | Ce qu'elle couvre | Récupérable sur succession ? |
|---|---|---|
| Revenus du résident (~90 %) | Hébergement | — |
| APA en établissement | Tarif dépendance | Non |
| APL / ALS | Partie hébergement | Non |
| Obligés alimentaires | Complément hébergement | — |
| ASH (département) | Solde hébergement | Oui |
Montants et règles indicatifs, à vérifier auprès du conseil départemental et des organismes compétents.
Un exemple complet, étape par étape
Madame D., 86 ans, GIR 2, entre dans un EHPAD public habilité à l'aide sociale. Le tarif hébergement est de 2 100 €/mois, le tarif dépendance de 580 €/mois. Sa retraite est de 1 150 €/mois. Elle possède encore sa maison, inoccupée.
- APA : prend en charge une partie du tarif dépendance, laissant à sa charge le ticket modérateur (quelques dizaines d'euros).
- APL : la CAF verse environ 150 €/mois (montant indicatif).
- Participation de Mme D. : 90 % de 1 150 € = 1 035 €, elle garde ~115 € d'argent de poche.
- Reste à financer sur l'hébergement : 2 100 − 1 035 − 150 = 915 €/mois.
- Le département interroge ses deux enfants. Selon leurs revenus, il fixe par exemple une participation totale de 400 €/mois.
- L'ASH couvre le solde, soit environ 515 €/mois.
- Au décès de Mme D., le département pourra récupérer les sommes versées sur la valeur de la maison.
Cet exemple est simplifié : chaque situation dépend du GIR, du département et des ressources réelles. Pour affiner, appuyez-vous sur notre outil de reste à charge et comparez les tarifs des établissements habilités.
Documents à préparer pour une demande d'ASH
Le dossier se dépose généralement au CCAS de la mairie du domicile, qui le transmet au conseil départemental. Selon le site officiel pour les personnes âgées, prévoyez :
- une pièce d'identité et un justificatif de domicile ;
- les justificatifs de ressources (avis d'imposition, relevés de pension, revenus fonciers) ;
- les relevés de patrimoine (épargne, biens immobiliers) ;
- un RIB ;
- le devis ou contrat de séjour de l'établissement ;
- les coordonnées et justificatifs de ressources des obligés alimentaires ;
- le formulaire de demande d'aide sociale fourni par la mairie.
Le traitement peut prendre plusieurs semaines à plusieurs mois. L'aide peut toutefois être attribuée avec un effet rétroactif à la date d'entrée, dans certaines limites. Ne tardez pas à déposer le dossier.
Choisir un établissement habilité à l'aide sociale
Point déterminant : seuls les établissements habilités à l'aide sociale ouvrent droit à l'ASH sur l'hébergement. Beaucoup d'EHPAD publics et associatifs le sont ; c'est plus rare dans le privé commercial, où parfois seules quelques places sont habilitées. Vérifiez systématiquement ce critère avant de signer un contrat de séjour, car il conditionne tout le financement.
Pour identifier les établissements habilités près de chez vous et comparer les tarifs, utilisez notre annuaire des établissements. Et si vous cherchez une place pour un proche, notre service trouver une place peut vous orienter selon le budget et l'habilitation à l'aide sociale.
Quelques repères utiles, rappelés par la CNSA :
- demandez le tarif hébergement aide sociale (parfois distinct du tarif "libre") ;
- vérifiez si l'habilitation porte sur toutes les places ou seulement certaines ;
- anticipez les délais d'attente, souvent longs dans les établissements habilités ;
- faites-vous accompagner par un travailleur social pour sécuriser le montage financier.
En résumé : anticiper plutôt que subir
L'ASH est un filet de sécurité précieux, mais exigeant : elle suppose de mobiliser d'abord les revenus de la personne, d'accepter l'intervention des obligés alimentaires, et d'intégrer la récupération sur succession. Ce n'est ni un cadeau ni une sanction : c'est une avance solidaire, remboursable, encadrée par chaque département.
Le meilleur réflexe, selon la situation, est de préparer le dossier tôt, de vérifier l'habilitation de l'établissement, et de vous faire accompagner par le CCAS ou un service social. Cela évite les mauvaises surprises et permet de calculer précisément le reste à charge réel pour la famille. Les montants et barèmes cités ici sont indicatifs et doivent être confirmés auprès du conseil départemental et des organismes compétents.
Questions fréquentes
Qui sont les obligés alimentaires d'une personne en EHPAD ?
Il s'agit principalement des enfants, mais aussi des gendres et belles-filles, et parfois des petits-enfants. Chacun peut être sollicité par le département selon ses ressources. En pratique, l'obligation entre petits-enfants et grands-parents est appréciée au cas par cas par le conseil départemental ou le juge.
Les enfants sont-ils obligés de payer l'EHPAD de leur parent ?
Oui, les enfants ont une obligation alimentaire envers leurs parents (article 205 du Code civil). Si le parent demande l'ASH, le département évalue la capacité contributive de chaque enfant. Le montant dépend des revenus et charges de chacun ; il peut être très faible, voire nul, pour les foyers aux revenus modestes.
Que faire si la retraite ne suffit pas à payer l'EHPAD ?
On actionne une cascade d'aides : d'abord les ressources de la personne, puis l'APA et les aides au logement (APL/ALS), enfin l'ASH dans un établissement habilité à l'aide sociale. L'ASH fait intervenir les obligés alimentaires et se récupère sur la succession. Un travailleur social du CCAS ou du département peut vous accompagner.
L'ASH se récupère-t-elle sur la succession ?
Oui. L'ASH est une avance : à la succession du bénéficiaire, le département peut récupérer les sommes versées sur l'actif net successoral. Contrairement à l'APA, qui n'est pas récupérable, l'ASH l'est. Les règles de récupération varient selon les départements : renseignez-vous localement.
Quel reste à charge pour une retraite de 1 200 € ?
Avec un EHPAD à 2 200 €/mois et une retraite de 1 200 €, le résident reverse environ 90 % de ses revenus (soit ~1 080 €) et conserve un minimum d'argent de poche. Le solde (environ 1 120 €) est couvert par l'ASH et/ou la participation des obligés alimentaires, dans un établissement habilité. Montants indicatifs à vérifier.
Peut-on refuser l'obligation alimentaire ?
On ne peut pas la refuser unilatéralement, mais on peut la contester ou demander une décharge devant le juge aux affaires familiales, notamment en cas de rupture de lien familial ou de défaillance grave du parent. Le juge peut réduire ou supprimer l'obligation selon la situation.
Tous les EHPAD acceptent-ils l'aide sociale ?
Non. Seuls les établissements habilités à l'aide sociale permettent de bénéficier de l'ASH sur l'hébergement. Beaucoup d'EHPAD publics et associatifs le sont, moins souvent les EHPAD privés commerciaux. Vérifiez l'habilitation avant de choisir, car c'est déterminant pour le financement.
Faut-il vendre la maison pour payer l'EHPAD ?
Pas automatiquement. La personne peut conserver son logement, mais l'ASH étant récupérable sur succession, le bien peut être concerné après le décès. Certaines familles choisissent la location, le viager ou la vente. Un conseil juridique ou notarial est recommandé avant toute décision.
Sources
Ressources utiles
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Rédigé par
La rédaction Retraite France
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