Dépendance de la personne âgée : comprendre les niveaux GIR
Dépendance des personnes âgées et GIR : comprendre la grille AGGIR, les 6 niveaux, l'évaluation et l'impact sur l'APA et le tarif dépendance en EHPAD.

Le GIR (Groupe Iso-Ressources) est l'indicateur officiel qui mesure le degré de perte d'autonomie d'une personne âgée : il va du GIR 1 (dépendance la plus lourde, personne confinée au lit et nécessitant une présence continue) au GIR 6 (personne totalement autonome). Ce classement, établi à partir de la grille nationale AGGIR, est essentiel car il conditionne l'accès à l'APA (allocation personnalisée d'autonomie) et détermine le tarif dépendance facturé en EHPAD.
Autrement dit : connaître le GIR de votre proche, c'est comprendre à quelles aides il a droit et pouvoir anticiper le coût réel de son accompagnement, à domicile comme en établissement. Voici, concrètement, comment fonctionne cette grille, comment obtenir une évaluation, et ce que chaque niveau change pour votre budget et vos démarches.
La grille AGGIR : de quoi parle-t-on ?
AGGIR signifie Autonomie Gérontologie Groupes Iso-Ressources. C'est un outil national d'évaluation, utilisé partout en France par les équipes médico-sociales des départements et par les médecins coordonnateurs des EHPAD. Son objectif : mesurer ce qu'une personne peut ou ne peut plus faire seule dans sa vie quotidienne.
La grille repose sur l'observation de 10 activités dites "discriminantes" (celles qui servent au calcul du GIR) :
- la cohérence (converser, se comporter de façon sensée) ;
- l'orientation (dans le temps et l'espace) ;
- la toilette (haut et bas du corps) ;
- l'habillage ;
- l'alimentation (se servir et manger) ;
- l'élimination (hygiène de l'urine et des selles) ;
- les transferts (se lever, se coucher, s'asseoir) ;
- les déplacements à l'intérieur ;
- les déplacements à l'extérieur ;
- la communication à distance (téléphone, alarme).
S'y ajoutent des activités "illustratives" (gestion, cuisine, ménage, courses…) qui ne comptent pas dans le calcul mais aident à construire le plan d'aide. Chaque activité est cotée selon que la personne la fait seule, partiellement ou pas du tout. Un algorithme aboutit ensuite au classement dans l'un des 6 GIR. Vous trouverez la présentation officielle de la grille sur le portail pour-les-personnes-agees.gouv.fr.
Les 6 niveaux de GIR expliqués simplement
Voici une lecture accessible de chaque niveau. Ces descriptions sont indicatives : seule l'évaluation officielle fait foi.
| GIR | Situation type | Droit à l'APA |
|---|---|---|
| GIR 1 | Personne confinée au lit ou au fauteuil, fonctions mentales gravement altérées, présence indispensable en continu (fin de vie incluse) | Oui |
| GIR 2 | Personne confinée au lit/fauteuil dont les fonctions mentales ne sont pas totalement altérées, OU personne dont les fonctions mentales sont altérées mais qui se déplace | Oui |
| GIR 3 | Autonomie mentale conservée, mais besoin d'aide plusieurs fois par jour pour les soins corporels et les déplacements | Oui |
| GIR 4 | Besoin d'aide pour se lever, se coucher, se laver, s'habiller ; déplacements possibles seul à l'intérieur | Oui |
| GIR 5 | Aide ponctuelle pour la toilette, la préparation des repas, le ménage | Non |
| GIR 6 | Personne autonome pour tous les actes essentiels de la vie courante | Non |
La frontière décisive se situe entre le GIR 4 et le GIR 5 : c'est elle qui ouvre (ou non) le droit à l'APA. Pour situer rapidement votre proche avant toute démarche officielle, vous pouvez utiliser notre calculateur de GIR, qui reprend la logique de la grille AGGIR à titre d'estimation.
Comment le GIR est-il évalué concrètement ?
La procédure diffère selon le lieu de vie.
À domicile. Le GIR est déterminé après le dépôt d'une demande d'APA auprès du conseil départemental. Un membre de l'équipe médico-sociale (souvent un travailleur social ou un professionnel de santé) se déplace au domicile pour observer la personne dans son environnement réel. Cette visite est aussi l'occasion d'échanger avec la famille et de construire le plan d'aide.
En établissement. C'est le médecin coordonnateur de l'EHPAD qui établit le GIR de chaque résident, ce qui détermine le tarif dépendance appliqué.
Quelques repères utiles :
- L'évaluation est gratuite.
- Le GIor peut évoluer : en cas d'aggravation (chute, AVC, progression d'une maladie neurodégénérative), une réévaluation peut être demandée.
- Vous pouvez contester un classement que vous jugez inadapté, en apportant des éléments médicaux récents.
Documents à préparer pour la demande d'APA
- Pièce d'identité ou titre de séjour de la personne âgée ;
- Justificatif de domicile ;
- Dernier avis d'imposition ou de non-imposition ;
- Relevé d'identité bancaire ;
- Le cas échéant, un certificat médical récent décrivant les pathologies et le niveau de dépendance ;
- Justificatifs de patrimoine si demandés par le département.
Le dépôt et le contenu exact du dossier sont détaillés sur service-public.fr ; les délais d'instruction varient d'un département à l'autre.
GIR et APA : ce que change chaque niveau
L'APA est l'aide phare liée au GIR. Elle est versée par le département et ne dépend pas d'un plafond de ressources pour l'ouverture du droit (GIR 1 à 4), mais une participation financière reste à la charge du bénéficiaire selon ses revenus.
À domicile, chaque GIR correspond à un montant maximal de plan d'aide (montants indicatifs 2024, à vérifier chaque année) :
| GIR | Plafond mensuel indicatif du plan d'aide APA à domicile |
|---|---|
| GIR 1 | ~1 955 € |
| GIR 2 | ~1 581 € |
| GIR 3 | ~1 143 € |
| GIR 4 | ~763 € |
Ces montants financent des heures d'aide à domicile, du portage de repas, de la téléassistance ou de l'adaptation du logement. Une participation reste à votre charge selon les revenus (nulle pour les revenus les plus modestes, jusqu'à environ 90 % du plan d'aide pour les plus élevés). Pour obtenir une première estimation adaptée à votre situation, essayez notre simulateur d'APA.
Pour les GIR 5 et 6, il n'y a pas d'APA, mais d'autres dispositifs existent : aide ménagère de la caisse de retraite, aide sociale du département, ou solutions proposées par les caisses comme le décrit l'Assurance retraite.
Exemple concret
Mme D., 84 ans, vit seule, classée GIR 3. Son plan d'aide est fixé à 900 €/mois (dans la limite du plafond). Ses revenus mensuels sont de 1 400 €. Après application du barème de participation, le département prend en charge environ 80 % du plan, soit ~720 €, et il lui reste environ 180 €/mois à financer pour ses heures d'aide à domicile. Ce reste peut parfois être allégé par le crédit d'impôt pour l'emploi à domicile.
GIR et tarif dépendance en EHPAD
En établissement, la facture se décompose en trois blocs : le tarif hébergement (chambre, repas, animation), le tarif soins (pris en charge par l'Assurance maladie) et le tarif dépendance, directement lié au GIR.
Le tarif dépendance est fixé par l'établissement en fonction de trois "catégories" de GIR :
| Catégorie GIR | Niveau du tarif dépendance | Prise en charge |
|---|---|---|
| GIR 1-2 | Le plus élevé | APA en établissement + participation résident |
| GIR 3-4 | Intermédiaire | APA en établissement + participation résident |
| GIR 5-6 | Minimal (ticket modérateur) | À la charge du résident, sans APA |
Point important : tout résident, quel que soit son GIR, paie au minimum le tarif dépendance GIR 5-6 (le "ticket modérateur"). L'APA en établissement vient couvrir la différence entre le tarif de son GIR et ce ticket modérateur, selon ses ressources.
Pour comprendre le détail de ce poste, consultez notre page dédiée au tarif dépendance en EHPAD, et pour estimer votre facture globale, l'outil reste à charge en EHPAD permet de simuler hébergement + dépendance après aides.
Que faire si les revenus ou la retraite ne suffisent pas ?
C'est la question la plus fréquente et la plus angoissante. Lorsque la retraite ne couvre pas le coût de l'accompagnement, une cascade d'aides se déclenche, dans cet ordre logique :
- Les ressources de la personne (retraite, épargne, revenus fonciers) sont mobilisées en premier.
- L'APA (GIR 1 à 4) réduit le coût de la dépendance, à domicile ou en établissement.
- Les aides au logement (APL ou ALS) allègent la part hébergement, y compris en EHPAD sous conditions.
- L'aide sociale à l'hébergement (ASH) peut prendre en charge une partie du reste à charge, uniquement dans les établissements habilités à l'aide sociale.
- L'obligation alimentaire : le département peut solliciter les proches (enfants, parfois petits-enfants) pour contribuer, selon leurs moyens.
- La récupération sur succession : les sommes versées au titre de l'ASH peuvent être récupérées, en tout ou partie, sur la succession du bénéficiaire.
Prenons un exemple parlant : une retraite de 1 300 €/mois face à un EHPAD facturé 2 400 €/mois. Il manque environ 1 100 €. L'APL peut apporter, selon les cas, 100 à 300 €, l'APA couvre une partie de la dépendance, et si l'établissement est habilité, l'ASH peut compléter — avec, en contrepartie, la sollicitation des obligés alimentaires et la récupération sur succession. Pour approfondir ce scénario, lisez notre guide que faire si l'on ne peut pas payer l'EHPAD.
Ces règles de cumul et de récupération sont détaillées par la CNSA ; les barèmes évoluent et sont à vérifier auprès du conseil départemental.
Erreurs fréquentes à éviter
- Confondre GIR et pathologie. Une maladie grave (Alzheimer, Parkinson) ne se traduit pas mécaniquement par un GIR bas : c'est la perte d'autonomie observée qui compte, pas le diagnostic.
- Sous-estimer les besoins le jour de la visite. Beaucoup de personnes âgées "font illusion" devant l'évaluateur. Notez à l'avance les difficultés réelles (nuits, toilette, oublis) et n'hésitez pas à être présent.
- Attendre l'urgence. Une demande d'APA ou une recherche d'établissement prend du temps. Anticipez, surtout si une place en établissement peut devenir nécessaire.
- Ignorer le crédit d'impôt et les aides complémentaires (caisse de retraite, mutuelle, exonérations fiscales).
- Oublier de demander une réévaluation quand l'état de santé se dégrade : le GIR n'est pas figé.
Prochaines étapes selon votre situation
Une fois le GIR estimé ou établi, la décision se pose souvent entre le maintien à domicile et l'entrée en établissement. Ce choix dépend du niveau de dépendance, de l'environnement, du budget et des souhaits de la personne.
- GIR 5-6 ou GIR 4 avec entourage : le domicile reste souvent possible, avec de l'aide à domicile et des adaptations.
- GIR 1 à 3, ou isolement : l'accompagnement lourd peut justifier une place en établissement.
Si vous cherchez une solution d'hébergement adaptée, notre service trouver une place vous accompagne dans les démarches, et l'annuaire permet de repérer et comparer les établissements près de chez vous, avec leur statut (habilité ou non à l'aide sociale).
Dans tous les cas, faites-vous accompagner : le CCAS de la commune, le point d'information local (CLIC) ou l'équipe médico-sociale du département sont des interlocuteurs gratuits et précieux pour sécuriser vos démarches et vérifier les montants applicables à votre situation.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le GIR d'une personne âgée ?
Le GIR (Groupe Iso-Ressources) est un indicateur qui mesure le degré de perte d'autonomie d'une personne âgée, sur une échelle de 6 niveaux : le GIR 1 correspond à la dépendance la plus lourde, le GIR 6 à une personne autonome. Il est déterminé à partir de la grille nationale AGGIR.
Quel GIR donne droit à l'APA ?
Seuls les GIR 1, 2, 3 et 4 ouvrent droit à l'allocation personnalisée d'autonomie (APA), à domicile comme en établissement. Les personnes classées en GIR 5 ou 6 ne perçoivent pas l'APA, mais peuvent solliciter certaines aides ménagères auprès de leur caisse de retraite ou du département.
Comment est évalué le niveau de GIR ?
À domicile, l'évaluation est réalisée lors d'une visite par un membre de l'équipe médico-sociale du conseil départemental, après dépôt du dossier d'APA. En EHPAD, c'est le médecin coordonnateur qui établit le GIR. L'évaluation repose sur 10 activités essentielles (se laver, se déplacer, s'alimenter, communiquer…).
Le GIR influence-t-il le prix de l'EHPAD ?
Oui, en partie. Le tarif dépendance de l'EHPAD dépend du GIR : les GIR 1-2 paient le tarif le plus élevé, les GIR 3-4 un tarif intermédiaire, les GIR 5-6 un tarif minimal (ticket modérateur). L'APA en établissement vient réduire ce tarif dépendance selon les ressources.
Que faire si la retraite ne suffit pas à payer l'EHPAD ?
Plusieurs aides se cumulent : l'APA réduit le tarif dépendance, l'APL ou l'ALS allège l'hébergement, et l'aide sociale à l'hébergement (ASH) peut prendre en charge une partie du reste à charge dans les établissements habilités. Les proches (obligés alimentaires) peuvent être sollicités, et le département peut récupérer sur la succession.
Peut-on contester son GIR ?
Oui. Si vous estimez que le classement ne reflète pas la réalité de la perte d'autonomie, vous pouvez demander une réévaluation auprès du conseil départemental, en apportant des éléments médicaux récents. Le GIR peut aussi évoluer dans le temps et être réévalué en cas d'aggravation de l'état de santé.
Quelle différence entre GIR 4 et GIR 5 ?
Le GIR 4 concerne des personnes qui ont besoin d'aide pour se lever, se coucher, se laver ou s'habiller, mais peuvent se déplacer seules à l'intérieur : il ouvre droit à l'APA. Le GIR 5 correspond à une autonomie plus grande, avec une aide ponctuelle pour la toilette ou les repas : il n'ouvre pas droit à l'APA.
Le GIR sert-il aussi à domicile ?
Oui. Le GIR conditionne le montant de l'APA à domicile (GIR 1 à 4) et le contenu du plan d'aide personnalisé : heures d'aide à domicile, portage de repas, téléassistance, aides techniques. Pour les GIR 5 et 6, d'autres dispositifs plus légers peuvent être mobilisés.
Sources
Ressources utiles
Pour passer à l'action sur ce sujet :
Rédigé par
La rédaction Retraite France
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