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Obligation alimentaire : ce que dit le Code civil

Obligation alimentaire et Code civil (articles 205 à 211) : qui doit payer, comment le montant est fixé, le lien avec l'ASH et les recours possibles.

Par La rédaction Retraite France, Équipe éditorialeMis à jour le 14 septembre 20269 min de lecture
Obligation alimentaire : ce que dit le Code civil

L'obligation alimentaire est encadrée par les articles 205 à 211 du Code civil : elle oblige, dans certaines conditions, les descendants (enfants, petits-enfants) et certains alliés (gendres, belles-filles) à aider financièrement un parent qui ne peut plus subvenir à ses besoins. Concrètement, si un parent âgé n'a pas assez de ressources pour payer sa maison de retraite, ses proches peuvent être appelés à contribuer — mais uniquement après avoir mobilisé ses propres revenus et les aides publiques, et selon un montant proportionné aux ressources de chacun.

Cet article vous explique ce que dit précisément le Code civil, qui est concerné, comment le montant est fixé, comment cela s'articule avec l'aide sociale à l'hébergement (ASH) en EHPAD, et quels sont vos recours en cas de désaccord.

Ce que dit le Code civil : les articles 205 à 211

L'obligation alimentaire repose sur un principe de solidarité familiale. Voici les articles clés, tels que présentés par le service public :

  • Article 205 : « Les enfants doivent des aliments à leurs père et mère ou autres ascendants qui sont dans le besoin. » C'est le fondement de l'obligation entre générations. Le mot « aliments » ne désigne pas seulement la nourriture, mais tout ce qui est nécessaire à la vie : logement, soins, hébergement.
  • Article 206 : il étend cette obligation aux gendres et belles-filles envers leurs beaux-parents (obligation par alliance).
  • Article 207 : l'obligation est réciproque. Il prévoit aussi que le juge peut décharger un descendant de son obligation lorsque le créancier (le parent) a lui-même gravement manqué à ses devoirs.
  • Article 208 : c'est un article central. Les aliments « ne sont accordés que dans la proportion du besoin de celui qui les réclame, et de la fortune de celui qui les doit ». Autrement dit : pas de barème automatique, mais une appréciation au cas par cas.
  • Articles 209 à 211 : ils précisent les modalités (révision en cas de changement de situation, possibilité de verser une pension ou d'héberger la personne, etc.).

Retenez l'essentiel : l'obligation existe par la loi, mais son montant et même son principe peuvent être discutés et adaptés à chaque situation.

Qui est concerné par l'obligation alimentaire ?

Le cercle des personnes tenues (les « débiteurs » ou « obligés alimentaires ») est plus large qu'on ne le croit :

Lien de parentéConcerné ?Précisions
EnfantsOuiPremiers concernés, en ligne directe
Petits-enfantsOui (en droit)Souvent écartés par les départements pour l'ASH
Gendres et belles-fillesOuiObligation par alliance (art. 206), qui peut cesser
Époux/épouseOuiVia le devoir de secours entre conjoints
Frères et sœursNonPas d'obligation alimentaire entre eux
Neveux, nièces, cousinsNonHors du champ légal

Quelques points de vigilance :

  • L'obligation du gendre ou de la belle-fille s'éteint si le conjoint qui créait le lien décède et qu'aucun enfant n'est né de l'union, ou en cas de divorce.
  • Les petits-enfants restent théoriquement obligés, mais la plupart des conseils départementaux ne les sollicitent pas pour l'ASH. Pour aller plus loin, consultez nos pages dédiées à l'obligation alimentaire des enfants majeurs et à l'obligation alimentaire des petits-enfants.

Comment le montant est-il fixé ?

Il n'existe pas de barème national obligatoire. Le montant dépend de deux éléments, comme le rappelle l'article 208 :

  1. Les besoins de la personne aidée : le plus souvent, il s'agit du reste à charge après avoir déduit ses ressources et les aides (APA, APL, éventuellement ASH).
  2. Les ressources de chaque obligé : revenus, charges (loyer, crédits), nombre de personnes à charge, situation familiale.

La contribution est ensuite répartie entre tous les obligés en fonction de leurs moyens respectifs. Un enfant aux revenus modestes contribuera peu ou pas ; un autre plus aisé davantage.

Beaucoup de départements utilisent une grille indicative pour proposer un montant, mais celle-ci n'a pas force de loi. En cas de désaccord, seul le juge aux affaires familiales peut fixer une somme opposable.

Exemple chiffré

Prenons une situation courante. Une mère perçoit 1 250 € de retraite par mois. Elle entre dans un EHPAD dont le tarif hébergement + dépendance revient à 2 300 € par mois. Après APA et APL, il reste par exemple 1 800 € à financer.

  • Ressources de la mère : 1 250 €.
  • Reste à couvrir : 550 € par mois.

Si l'établissement est habilité à l'aide sociale et que l'ASH est demandée, le conseil départemental évalue la capacité des enfants à couvrir tout ou partie de ces 550 €. S'ils ont trois enfants aux revenus très différents, la répartition ne sera pas égalitaire. Pour visualiser votre propre situation, l'outil de calcul du reste à charge en EHPAD permet d'estimer le montant réellement en jeu avant toute démarche.

Obligation alimentaire et aide sociale à l'hébergement (ASH)

C'est le cas de figure le plus fréquent dans le grand âge. Lorsqu'une personne ne peut pas payer son EHPAD, elle peut demander l'ASH au conseil départemental, à condition que l'établissement soit habilité à l'aide sociale. Le département intervient alors pour combler la différence — mais il récupère ensuite une partie de cette avance auprès de la personne, de ses obligés alimentaires et, à son décès, sur sa succession.

C'est à ce moment précis que l'obligation alimentaire est activée : le département envoie aux enfants (et parfois aux autres obligés) un questionnaire pour évaluer leur contribution. Pour tout comprendre de ce mécanisme spécifique, notre page obligation alimentaire et EHPAD détaille les règles, tout comme la page consacrée à l'ASH en EHPAD.

À noter : selon le portail pour-les-personnes-agees.gouv.fr, les règles de sollicitation des obligés (notamment les petits-enfants) varient d'un département à l'autre, car chacun applique son propre règlement d'aide sociale.

Que faire si les revenus ou la retraite ne suffisent pas ?

C'est la question qui angoisse le plus les familles. Rassurez-vous : la loi organise une cascade de financements, et la sollicitation des proches n'arrive qu'en dernier recours. Voici l'ordre :

  1. Les ressources de la personne : retraite, épargne, revenus fonciers.
  2. Les aides à l'autonomie et au logement : l'APA (allocation personnalisée d'autonomie), qui réduit le tarif dépendance, et les APL/ALS pour l'hébergement. L'Assurance retraite et la CNSA recensent ces dispositifs.
  3. L'ASH : si l'établissement est habilité, le département avance la différence.
  4. L'obligation alimentaire des proches : évaluée au stade de l'ASH.
  5. La récupération sur succession : après le décès, le département peut récupérer les sommes avancées sur l'héritage.

Autrement dit, avant de craindre une facture pour les enfants, il faut d'abord épuiser toutes les aides. Notre guide que faire si on ne peut pas payer l'EHPAD déroule chaque étape concrètement, avec les démarches et les interlocuteurs.

Exemple : petite retraite et gros reste à charge

Un père veuf touche 950 € de retraite. L'EHPAD coûte 2 400 € par mois, soit environ 1 450 € de reste à charge après ses ressources. Après APL (par exemple 250 €), il manque encore 1 200 €. Avec l'ASH, le département avance cette somme, mais laisse au résident un minimum d'argent de poche (environ 10 % de ses ressources, un montant indicatif à vérifier). Il pourra ensuite se retourner vers les deux enfants selon leurs revenus. Si l'un gagne le SMIC et l'autre 4 000 € par mois, la répartition tiendra compte de cet écart.

Les recours : contester le principe ou le montant

Vous pouvez agir à plusieurs niveaux :

  • Contester le montant proposé par le département : si vous estimez que votre contribution est disproportionnée par rapport à vos charges (crédits, enfants à charge, chômage…), vous pouvez fournir des justificatifs et demander une révision.
  • Invoquer une dispense (article 207) : si le parent a gravement manqué à ses obligations — abandon durant l'enfance, absence totale de lien, retrait de l'autorité parentale, violences —, le juge peut vous décharger en tout ou partie. Il faut des preuves (jugements, témoignages, documents).
  • Saisir le juge aux affaires familiales : c'est lui qui tranche les désaccords sur le principe et le montant. La procédure se déroule devant le tribunal judiciaire.
  • Demander une révision : en cas de changement de situation (perte d'emploi, baisse de revenus, nouvelle personne à charge), le montant peut être réévalué (article 209).

Un accompagnement par le CCAS, un travailleur social ou un avocat est vivement conseillé, surtout si les enjeux financiers sont importants ou si les relations familiales sont tendues.

Documents à préparer

Que vous répondiez à un questionnaire du département ou que vous saisissiez le juge, rassemblez :

  • Vos derniers avis d'imposition (justificatifs de revenus).
  • Vos bulletins de salaire ou justificatifs de pension récents.
  • Vos charges fixes : loyer ou crédit immobilier, pensions versées, crédits en cours.
  • Le nombre de personnes à charge (enfants, conjoint sans revenus).
  • Les justificatifs de la situation du parent : ressources, montant de l'APA, facture de l'EHPAD, notification d'ASH.
  • Le cas échéant, les preuves d'une éventuelle dispense (jugements, attestations sur l'absence de lien, plainte, etc.).

Ces éléments permettent d'objectiver votre capacité contributive réelle et d'éviter une estimation trop élevée. Vous trouverez d'autres repères sur nos pages Droits & protection et Aides financières.

Erreurs à éviter

  • Croire que c'est automatique et sans discussion : le montant se négocie et se conteste. Ne payez pas une somme disproportionnée sans avoir fait valoir vos charges.
  • Ignorer les aides en amont : beaucoup de familles s'inquiètent de l'obligation alimentaire avant même d'avoir demandé l'APA, l'APL ou l'ASH. Commencez toujours par estimer le reste à charge réel.
  • Choisir un établissement non habilité à l'aide sociale sans le savoir : sans habilitation, l'ASH n'est pas possible, ce qui pèse davantage sur la famille. Vérifiez ce point dès la recherche d'un établissement. Notre annuaire des établissements et notre service pour trouver une place vous aident à identifier les structures habilitées près de chez vous.
  • Oublier la fiscalité : les sommes versées au titre de l'obligation alimentaire peuvent, sous conditions, être déduites de vos revenus imposables. Renseignez-vous auprès des impôts et conservez tous vos justificatifs.
  • Rester seul face au conflit familial : l'obligation alimentaire ravive souvent des tensions. Un tiers (travailleur social, médiateur, avocat) apaise et sécurise la démarche.

En résumé : par où commencer ?

Si votre parent ne peut plus payer son hébergement, suivez cet ordre de priorité :

  1. Estimez le reste à charge avec les aides mobilisables (APA, APL).
  2. Vérifiez l'habilitation ASH de l'établissement.
  3. Déposez la demande d'ASH au conseil départemental si nécessaire.
  4. Répondez au questionnaire d'obligation alimentaire avec vos justificatifs, sans surestimer votre capacité.
  5. Contestez ou demandez une dispense si la demande vous paraît injuste, en vous faisant accompagner.

L'obligation alimentaire n'est pas une fatalité : elle est proportionnée, révisable et contestable. Bien informé, vous protégez à la fois votre parent et votre équilibre financier. Les montants et barèmes évoqués ici sont indicatifs et doivent être vérifiés auprès de votre conseil départemental et des organismes compétents, car chaque situation — et chaque département — est différent.

Bon à savoir : ces informations sont fournies à titre indicatif et peuvent évoluer. Elles ne remplacent pas un avis médical, social ou administratif. Vérifiez toujours les informations auprès des organismes officiels et des prestataires concernés.

Questions fréquentes

Quels articles du Code civil régissent l'obligation alimentaire ?

Ce sont principalement les articles 205 à 211 du Code civil. L'article 205 pose le principe de l'aide entre parents et enfants, l'article 206 l'étend aux gendres et belles-filles, l'article 207 prévoit des dispenses, et l'article 208 précise que l'aide est proportionnée aux besoins de celui qui la réclame et aux ressources de celui qui la doit.

Les enfants sont-ils obligés de payer pour leur parent en EHPAD ?

Ils peuvent l'être, mais seulement si les ressources du parent, complétées par les aides (APA, APL, ASH), ne suffisent pas. La contribution est alors répartie entre les obligés selon leurs revenus. Le montant est indicatif tant qu'il n'est pas fixé par le conseil départemental ou le juge aux affaires familiales.

Les petits-enfants doivent-ils payer ?

Juridiquement, les petits-enfants sont bien des obligés alimentaires. Toutefois, dans le cadre de l'ASH, la grande majorité des conseils départementaux ne les sollicitent pas. La règle exacte dépend du règlement départemental d'aide sociale : à vérifier auprès de votre département.

Comment est calculé le montant de l'obligation alimentaire ?

Il n'existe pas de barème national obligatoire. Le montant tient compte des besoins de la personne aidée (reste à charge après aides) et des ressources de chaque obligé (revenus, charges, personnes à charge). Certains départements utilisent une grille indicative ; en cas de litige, le juge aux affaires familiales fixe la somme.

Peut-on être dispensé de l'obligation alimentaire ?

Oui. L'article 207 du Code civil permet au juge de décharger un enfant lorsque le parent a gravement manqué à ses obligations (abandon, défaut d'entretien, maltraitance). Le retrait de l'autorité parentale ou l'absence de lien depuis l'enfance peuvent être invoqués, preuves à l'appui.

Que faire si la retraite du parent ne couvre pas l'EHPAD ?

On mobilise d'abord ses ressources et l'APA, puis les aides au logement (APL/ALS), puis l'ASH si l'établissement est habilité. C'est seulement au stade de l'ASH que les obligés alimentaires peuvent être sollicités. Estimez d'abord le reste à charge avant de vous inquiéter d'une éventuelle contribution.

Le gendre ou la belle-fille sont-ils concernés ?

Oui, l'article 206 crée une obligation alimentaire par alliance. Elle cesse toutefois en cas de décès du conjoint qui créait le lien et sans enfant issu de l'union, ou en cas de divorce. Les règles précises varient : à vérifier selon la situation familiale.

Comment contester une demande d'obligation alimentaire ?

Vous pouvez saisir le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire pour contester le principe ou le montant. Il faut apporter des justificatifs (revenus, charges, situation familiale, motifs de dispense). Un accompagnement par un travailleur social ou un avocat est souvent utile.

Sources

Ressources utiles

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