Obligation alimentaire des enfants pour un parent en EHPAD
Obligation alimentaire des enfants pour un parent en EHPAD : qui doit payer, comment le montant est calculé et le lien avec l'aide sociale (ASH). Guide 2025.

Quand un parent entre en EHPAD et que ses revenus ne suffisent pas à payer la facture, ses enfants peuvent être légalement appelés à contribuer : c'est l'obligation alimentaire. Concrètement, cette obligation ne s'active pas automatiquement : elle intervient uniquement lorsque la famille demande l'aide sociale à l'hébergement (ASH) auprès du conseil départemental. Le département examine alors les ressources de chaque « obligé alimentaire » (enfants, gendres et belles-filles, parfois petits-enfants) pour déterminer ce que chacun peut verser. Le montant n'est pas figé : il dépend des revenus et des charges de chacun, et il peut être négocié, révisé, voire contesté devant le juge. Cet article détaille qui est concerné, comment le calcul se fait, et comment tout cela s'articule avec les aides publiques.
Qu'est-ce que l'obligation alimentaire ?
L'obligation alimentaire est un principe ancien du Code civil : les membres d'une même famille se doivent mutuellement assistance lorsque l'un d'eux ne peut plus subvenir à ses besoins essentiels (se loger, se nourrir, se soigner). Elle est prévue par les articles 205 et suivants du Code civil et fonctionne dans les deux sens : les enfants doivent aider leurs parents dans le besoin, et inversement.
Dans le contexte du grand âge, elle se pose surtout au moment de l'entrée en EHPAD, lorsque le coût de l'hébergement dépasse ce que la personne âgée peut payer avec ses ressources. Comme le rappelle le service public, l'obligation alimentaire « n'est pas un montant fixe » : elle s'apprécie selon les besoins du parent et les moyens de celui qui doit l'aider.
Point essentiel : tant que le parent finance lui-même son hébergement (retraite, épargne, revenus fonciers, aides), les enfants ne sont pas sollicités. L'obligation alimentaire ne devient concrète que si une demande d'aide sociale est déposée. C'est pourquoi il est utile de bien comprendre d'abord le coût d'un EHPAD et le reste à charge réel avant d'en arriver là.
Qui doit contribuer ? Les « obligés alimentaires »
La liste des personnes tenues à l'obligation alimentaire est encadrée par la loi, mais son application concrète varie selon les départements. Sont généralement concernés :
- Les enfants de la personne âgée (biologiques ou adoptés).
- Les gendres et belles-filles, à l'égard de leurs beaux-parents. Cette obligation subsiste tant que le mariage crée l'alliance ; elle peut cesser en cas de divorce, ou de décès du conjoint sans enfant commun vivant.
- Les petits-enfants, selon la politique du conseil départemental. Certains départements les incluent, d'autres non.
En revanche, ne sont pas concernés : les frères et sœurs de la personne âgée, les neveux et nièces, ni les concubins (l'union libre ne crée pas d'obligation alimentaire).
Chaque obligé est tenu individuellement en fonction de ses propres moyens. Il n'y a pas de solidarité automatique : un enfant aisé ne « paie pas pour » un frère en difficulté. Le département (ou le juge) répartit la contribution en tenant compte de la situation de chacun. Pour aller plus loin sur ce cadre juridique, consultez notre page dédiée à l'obligation alimentaire en EHPAD.
Comment est calculé le montant de la contribution ?
Il n'existe pas de barème national obligatoire. Le montant demandé à chaque obligé résulte d'une double appréciation : les besoins du parent (le « manque à payer » entre le tarif de l'EHPAD et ses ressources) d'un côté, les capacités contributives de l'obligé de l'autre.
Pour évaluer ces capacités, on prend en compte :
- les revenus (salaires, pensions, revenus fonciers, allocations) ;
- les charges courantes : loyer ou crédit immobilier, pensions alimentaires versées, enfants à charge ;
- la composition du foyer et le niveau de vie global.
Beaucoup de départements utilisent une grille indicative interne (par exemple un pourcentage du revenu disponible au-delà d'un certain seuil). Ces grilles sont des repères, non des règles impératives : elles peuvent être discutées. Les montants évoqués ici sont donc indicatifs et à vérifier auprès de votre conseil départemental.
En cas de désaccord entre la famille et le département, c'est le juge aux affaires familiales (JAF) qui tranche et fixe le montant de la contribution de chaque obligé. Le juge peut aussi réviser la somme si la situation change (perte d'emploi, maladie, naissance).
| Situation de l'obligé (exemple) | Ressources indicatives | Contribution mensuelle possible* |
|---|---|---|
| Célibataire, revenus modestes | ~1 500 €/mois | souvent 0 à faible |
| Couple avec enfants à charge | ~3 000 €/mois net | quelques dizaines d'euros |
| Couple sans charge, bons revenus | ~5 000 €/mois net | de 100 à 300 € selon barème |
| Plusieurs enfants qui se répartissent | variable | montant divisé entre obligés |
*Ordres de grandeur purement indicatifs, variables selon les départements et l'appréciation du juge. À confirmer au cas par cas.
Le lien avec l'aide sociale à l'hébergement (ASH)
L'obligation alimentaire est indissociable de l'aide sociale à l'hébergement. L'ASH est une aide du conseil départemental qui prend en charge tout ou partie des frais d'hébergement en EHPAD lorsque les ressources de la personne (et de ses obligés) sont insuffisantes.
Son fonctionnement, décrit sur le portail pour-les-personnes-agees.gouv.fr, repose sur plusieurs conditions :
- L'établissement doit être habilité à l'aide sociale. Tous les EHPAD ne le sont pas : c'est un critère à vérifier avant l'entrée. Notre annuaire permet de repérer les établissements concernés.
- La personne âgée doit d'abord mobiliser ses propres ressources : environ 90 % de ses revenus sont affectés au paiement de l'hébergement, le département complétant le reste (un minimum d'argent de poche, dit « argent personnel », lui est laissé).
- Le département sollicite les obligés alimentaires dans le cadre de l'instruction du dossier. Leur contribution vient réduire le montant d'ASH versé.
- L'ASH est en principe récupérable sur la succession du bénéficiaire, et parfois auprès de personnes revenues « à meilleure fortune ».
Pour comprendre le détail de ce dispositif, consultez notre guide sur l'aide sociale à l'hébergement en EHPAD et la page sur la récupération sur succession.
Que faire si les revenus ou la retraite ne suffisent pas ?
C'est la question la plus fréquente et la plus angoissante. Rassurez-vous : personne ne peut être laissé sans solution d'hébergement faute de moyens. Il existe une cascade de dispositifs à activer dans l'ordre :
- Les ressources de la personne : retraite, épargne, revenus fonciers, éventuelle vente ou location d'un bien.
- Les aides mobilisables : l'APA en établissement couvre une partie du tarif dépendance ; l'APL ou l'ALS réduit le coût de l'hébergement si l'EHPAD est conventionné.
- L'établissement habilité à l'aide sociale : privilégier un EHPAD habilité permet de demander l'ASH.
- L'obligation alimentaire des proches : le département sollicite les obligés pour compléter le financement, selon leurs moyens.
- La récupération sur succession : les sommes avancées au titre de l'ASH peuvent être récupérées après le décès sur l'actif successoral.
Cette logique de « filet de sécurité » est détaillée dans notre dossier que faire si on ne peut pas payer l'EHPAD. Avant toute chose, estimez le manque réel avec notre outil de reste à charge EHPAD : cela évite de solliciter l'ASH inutilement si des aides suffisent, et cela clarifie le montant exact à couvrir.
Exemple chiffré. Un parent perçoit une retraite de 1 300 €/mois et entre dans un EHPAD facturé 2 400 €/mois (hébergement). Après mobilisation d'environ 90 % de sa retraite (~1 170 €) et d'une aide au logement (~150 €), il reste un déficit d'environ 1 080 €/mois. Si l'établissement est habilité, l'ASH peut combler l'écart, mais le département sollicitera les enfants : répartie entre trois enfants aux revenus moyens, la contribution pourrait s'établir, à titre indicatif, à quelques dizaines d'euros chacun. Chaque situation restant unique, ces chiffres sont à confirmer localement.
Peut-on être dispensé de l'obligation alimentaire ?
Oui, dans certains cas. La loi et les juges admettent des décharges totales ou partielles :
- Lorsque le parent a gravement manqué à ses obligations envers l'enfant : abandon, défaut d'entretien, maltraitance avérée. L'article 207 du Code civil, consultable sur Légifrance, permet au juge de décharger l'enfant.
- En cas de retrait de l'autorité parentale durant l'enfance.
- Lorsque l'enfant a été retiré du foyer par décision administrative ou judiciaire pendant une longue période durant sa minorité (dispense automatique dans certains cas).
Pour obtenir une décharge, il faut saisir le juge aux affaires familiales et apporter des preuves (témoignages, décisions de justice, documents). L'obligé peut se faire accompagner par un avocat. Attention : une simple mésentente familiale récente ne suffit généralement pas ; le juge recherche une rupture ancienne et grave du lien.
Démarches et documents à préparer
Lorsque l'ASH est demandée, le dossier est déposé au CCAS de la commune ou directement au conseil départemental. Les obligés alimentaires reçoivent alors un courrier leur demandant de déclarer leurs ressources.
Documents à préparer :
- pièce d'identité et livret de famille ;
- justificatifs de ressources : derniers avis d'imposition, bulletins de salaire ou de pension, relevés de revenus fonciers ;
- justificatifs de charges : quittances de loyer ou tableau d'amortissement de crédit, pensions alimentaires versées, situation des enfants à charge ;
- relevés bancaires récents selon les demandes du département ;
- justificatifs concernant la personne âgée : ressources, contrat de séjour et tarifs de l'EHPAD, décision d'APA le cas échéant.
Quelques conseils pratiques :
- Répondez dans les délais aux courriers du département : une absence de réponse peut conduire à une évaluation défavorable.
- Signalez toute charge importante (crédit, personne à charge, maladie) : elle réduit la capacité contributive retenue.
- En cas de désaccord, demandez le passage devant le juge aux affaires familiales plutôt que d'accepter un montant que vous jugez injustifié.
- Anticipez : si l'entrée en établissement se profile, comparez les EHPAD habilités à l'aide sociale et évaluez le budget en amont. Notre service pour trouver une place peut vous accompagner dans cette recherche.
Erreurs fréquentes à éviter
Plusieurs malentendus reviennent souvent :
- Croire que l'obligation est automatique. Elle ne s'applique qu'en cas de demande d'ASH, jamais tant que le parent paie seul.
- Penser que tous les enfants paient la même somme. La contribution est individualisée selon les revenus et charges de chacun.
- Ignorer la possibilité de décharge. Un enfant abandonné ou maltraité durant l'enfance a des droits à faire valoir.
- Choisir un EHPAD non habilité à l'aide sociale alors que le budget est fragile : l'ASH ne pourra pas être demandée, ou seulement après un délai de résidence long.
- Oublier la récupération sur succession, qui peut concerner les héritiers après le décès.
Enfin, gardez à l'esprit que ces règles évoluent et varient d'un département à l'autre. Les montants et modalités cités ici sont indicatifs et à vérifier auprès des organismes compétents (conseil départemental, CCAS, CNSA). En cas de situation complexe ou conflictuelle, l'accompagnement d'un travailleur social ou d'un avocat spécialisé est vivement recommandé pour défendre au mieux les intérêts de chacun.
Questions fréquentes
Les enfants sont-ils toujours obligés de payer l'EHPAD de leur parent ?
Non. L'obligation alimentaire ne se déclenche que si le parent ne peut pas financer seul son hébergement et qu'une demande d'aide sociale à l'hébergement (ASH) est déposée. Le département évalue alors les ressources de chaque obligé. Si le parent paie lui-même, les enfants ne sont pas sollicités.
Qui sont les obligés alimentaires d'une personne âgée ?
Principalement les enfants, ainsi que les gendres et belles-filles vis-à-vis de leurs beaux-parents (sous conditions). Selon les départements, les petits-enfants peuvent aussi être appelés à contribuer. Les frères et sœurs ne sont pas concernés.
Comment est calculé le montant demandé à chaque enfant ?
Il n'existe pas de barème national obligatoire. Le montant dépend des ressources et charges de chaque obligé (revenus, loyer, enfants à charge, crédits). Certains départements utilisent une grille indicative ; en cas de désaccord, c'est le juge aux affaires familiales qui fixe la contribution.
Que faire si la retraite de mon parent ne suffit pas à payer l'EHPAD ?
On mobilise d'abord ses ressources et les aides (APA pour la dépendance, APL/ALS pour l'hébergement), puis on privilégie un établissement habilité à l'aide sociale pour demander l'ASH. C'est à ce stade que l'obligation alimentaire peut compléter le financement.
Un enfant peut-il refuser de payer ?
Il peut demander une décharge totale ou partielle s'il prouve que le parent a manqué gravement à ses devoirs (abandon, maltraitance) ou en cas de rupture de lien ancienne. La demande se fait auprès du juge aux affaires familiales, qui apprécie chaque situation.
L'obligation alimentaire peut-elle être récupérée sur la succession ?
L'obligation alimentaire elle-même est une contribution versée du vivant du parent. En revanche, l'aide sociale à l'hébergement (ASH) versée par le département est en principe récupérable sur la succession du bénéficiaire. Les règles varient : à vérifier auprès du conseil départemental.
Les petits-enfants doivent-ils contribuer ?
Cela dépend du département. Certains les intègrent parmi les obligés alimentaires, d'autres non. Leur contribution, quand elle existe, reste généralement modeste et tient compte de leurs propres ressources.
Quel reste à charge pour une retraite de 1 200 € face à un EHPAD à 2 200 € ?
L'écart, ici environ 1 000 €/mois, doit être couvert par l'épargne, l'aide au logement, l'ASH et, le cas échéant, l'obligation alimentaire des proches. Un simulateur de reste à charge aide à estimer précisément ce qui manque.
Sources
Ressources utiles
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